jeudi 2 octobre 2014

Le Front National profite-t-il des gouvernements de gauche ?



Il y a trois mois, j’avais écrit sur ce blog que lorsque l’extrême droite gagne c’est au détriment de la gauche. Récemment, Nora Berra, une proche de Nicolas Sarkozy a twitté : "À chaque fois que le Front national est fort, ce sont les socialistes qui sont au pouvoir". Trois jours après, le journaliste du Monde Matthieu Jublin soulignait la fausseté de cette affirmation, en montrant, chiffres à l’appui, que l’évolution du vote FN n’est pas dépendante de qui gouverne. A cette occasion, j’ai reçu plusieurs e-mails qui m’ont demandé, à juste titre, ce qu’il en est.

Avant de répondre, je vais brièvement résumer la différence essentielle entre ce que j’avais montré et la thèse contenue dans le tweet. Ma thèse est que les partis de gauche et d’extrême droite partagent une vocation à protéger les citoyens défavorisés contre les grandes menaces économiques. Lorsque les citoyens se sentent menacés économiquement, ils se tournent donc vers la gauche ou l’extrême droite. Or, lorsqu’ils se ne sentent pas protégés économiquement sous un gouvernement de gauche, ils tendent à se tourner davantage vers l’extrême droite. L’extrême droite, donc, profite plus d’une gauche décevante que d’une droite décevante.

Il faut également noter qu’un raisonnement analogue peut s’adapter à d’autres enjeux. Prenons, par exemple, les enjeux sécuritaires. Les partis de droite et d’extrême droite promettent la diminution du crime. Sur ce point, l’extrême droite tend à bénéficier davantage des échecs de la droite, que de la gauche.

Ce que je soutiens, au final, est que le FN tend à concurrencer davantage la gauche parce que la protection économique est un enjeu prioritaire pour une large majorité de citoyens, par rapport à d’autres enjeux, comme la protection contre le crime.

Est-ce que cela signifie que quand le FN est fort, les socialistes gouvernent, comme l’affirme Nora Berra ? Oui et non.

Non, parce que le FN peut parfois bénéficier des échecs de la droite. Par exemple, sa plus grande percée sous un gouvernement de droite est sous la présidence Sarkozy, dont la campagne avait particulièrement insisté sur l’enjeu du crime. Il est d’ailleurs fort de café que ce soit la vice-présidente de l’association des Amis de Nicolas Sarkozy qui ait adressé à la gauche une telle critique.

En revanche, une partie de l’affirmation est correcte : le FN tend à percer plus sous la gauche que sous la droite. C’est ce que je vais montrer maintenant.

Prenons d’abord les législatives. Depuis 1981, le FN augmente son score en moyenne de 3 points de pourcentage après une majorité de gauche, alors que l’augmentation est de 1 point après une majorité de droite. A noter que parmi les gouvernements de gauche, seul celui de cohabitation de Lionel Jospin a été suivi d’une baisse du vote FN en 2002 (eh oui, aux législatives, il a baissé). Or, si l’on exclut du calcul les gouvernements qui étaient en cohabitation, la tendance moyenne des scores du FN après un gouvernement/président de droite est très légèrement à la baisse, alors qu’après un gouvernement/président de gauche, le FN gagne en moyenne 6 points de pourcentage.

Maintenant, prenons les présidentielles. Lorsque François Mitterrand prend la présidence en 1981, le FN n’arrive même pas à 1% des voix. Lorsque Mitterrand quitte le pouvoir en 1995, le FN est à 15%. En 2012, à la fin de la période des présidences de droite Chirac et Sarkozy,  le FN est à 18%. Il a donc augmenté encore, mais relativement peu par rapport à la première période socialiste. Maintenant, il faudra attendre l’élection de 2017 pour voir ce qui se passera après une nouvelle présidence socialiste. Pour le moment, les sondages prédisent un score du FN qui avoisinerait les 25%.

L’analyse des élections européennes confirme également cette tendance, comme je l’ai montré dans mon billet de juin. En moyenne, lorsque ces élections ont lieu sous un gouvernement de droite, le score du FN ne bouge pas par rapport à l’élection précédente. En revanche, le FN gagne 6 points en moyenne lorsque la gauche gouverne.

Bien sûr, toutes ces analyses se fondent sur un nombre faible d’élections. Mais même avec cela, il est possible de voir des faits qui reviennent avec régularité. Le problème de l’article de Matthieu Jublin est qu’il mélange les élections ; or, une présidentielle ne « vaut » pas une européenne, parce que les enjeux sont différents et la participation n’est pas la même. En analysant par type d’élection et en portant l’attention sur les moyennes, plutôt que sur les fluctuations, un lien empirique entre gouvernement socialiste et montée du FN apparaît clairement.

lundi 29 septembre 2014

N. Sarkozy mieux perçu que ses rivaux à l'UMP

La compétition pour représenter la droite (et le centre peut-être) à l’élection présidentielle est lancée avec la candidature pour la présidence de l’UMP de N. Sarkozy alors que A. Juppé a annoncé sa candidature à la primaire de l’UMP pour l’élection présidentielle de 2017 et que F. Fillon ne fait plus, depuis longtemps, mystère de sa propre candidature à cette même primaire et a commencé à présenter ses propositions. Comme les études menées en France ou à l’étranger, sur les élections présidentielles ou les élections primaires, ont, de manière répétée, souligné l’importance des images des candidats, il est légitime d’étudier celles de ces trois candidats majeurs de l’UMP aussi bien parmi ceux susceptibles de les investir comme candidat en cas de primaire que parmi leurs électeurs potentiels à la présidence de la République.

Alors que la France, à la différence des autres grandes démocraties occidentales, ne disposait pas jusqu’à récemment d’indicateurs pour étudier avec rigueur les évolutions électorales, le Baromètre des dynamiques électorales, mis en place par des chercheurs de Sciences Po Bordeaux, Grenoble et Paris, permet aujourd’hui d’étudier les traits associés aux différents leaders politiques.

Conduite en juin 2014, cette première vague révèle que les images des trois candidats majeurs de l’UMP ne sont pas stabilisées de manière homogène. Ainsi, la proportion de répondants sans opinion n’est que de 7 % en moyenne pour N. Sarkozy alors qu’elle représente plus du double pour F. Fillon (18,5 %) et près du triple pour A. Juppé (22 %). Près d’un répondant sur 5 n’est pas en mesure d’apprécier les différents traits associés à F. Fillon et A. Juppé, ce qui constitue indubitablement un handicap alors que N. Sarkozy bénéficie encore de sa stature d’ancien président de la République. Pour espérer emporter la primaire d’abord et l’élection présidentielle ensuite, F. Fillon et A. Juppé sont confrontés au défi de remédier à ce déficit de connaissance et/ou à cette indifférence. Néanmoins, celles-ci recèlent également une opportunité d’informer – dans la double acception du terme, transmettre des informations et donner une forme - à leur avantage ce segment de l’électorat.

Saisir une telle opportunité apparaît particulièrement indispensable puisque tant A. Juppé que F. Fillon sont globalement moins positivement perçus que N. Sarkozy à la date de l’enquête. Pour en juger, la Figure 1 présente la proportion de répondants pour lesquelles les phrases suivantes s’appliquent « très ou assez bien » à chacun des candidats selon les répondants. Quand l’étoffe présidentielle est reconnue à N. Sarkozy par 52 % des répondants, seulement 35 % d’entre eux en créditent A. Juppé, et 25 % F. Fillon ; parmi les sympathisants du MODEM, de l’UDI et de l’UMP (Figure 2), l’ancien Président de la république atteint 87 %, contre 69 % pour A. Juppé et 53 % pour F. Fillon. Une configuration analogue s’observe pour chaque trait de personnalité en rapport avec les qualités de leadership : alors que pour 54 % des répondants, N. Sarkozy est capable de défendre les intérêts de la France, cette proportion tombe respectivement à 15 et 26 points pour A. Juppé et F. Fillon. Sur le terrain de l’efficacité, N. Sarkozy bénéficie toujours d’un avantage (42% d’opinions positives) en l’absence d’inventaire souhaité par quelques cadres de l’UMP. Si N. Sarkozy devance également ses rivaux en termes de volonté de changement et de proximité idéologique, il est cependant devancé par A. Juppé en particulier en termes d’honnêteté et suscite nettement plus d’inquiétude que ce dernier. Parmi les sympathisants du centre et de la droite, l’avantage de l’ancien président sur ses deux concurrents se maintient sur l’ensemble de ces dimensions. Toutefois, parmi ceux-ci, la sympathie, l’empathie et la fiabilité sont créditées à un niveau similaire pour A. Juppé et N. Sarkozy.

Graphique 1. Proportion de répondants pour lesquelles les phrases suivantes s’appliquent très ou assez bien à chacune des personnalités.




Source : Enquête TNS Sofres – Baromètre des priorités politiques et des dynamiques électorales, juin 2014.

Au final, que ce soit parmi l’ensemble des répondants de notre échantillon ou les sympathisants de la droite et du centre-droit, N. Sarkozy bénéficie d’une image globalement plus positive que ses deux rivaux en particulier sur les traits relatifs au leadership. Cependant deux points faibles apparaissent : l’anxiété suscitée par sa personnalité demeure et la remise en cause de son honnêteté émerge, avant même sa mise en examen début juillet 2014, sous l’effet des nombreuses procédures judiciaires dans lesquelles il a été partie prenante depuis son départ de l’Élysée. Dans ce contexte, il est compréhensible et probablement vital pour les deux concurrents de N. Sarkozy d’accélérer afin de combler leur handicap. L’un des enjeux des prochains mois est bien évidemment d’observer comment évoluera l’appréciation des traits de personnalité des différents candidats et si ceux-ci développent des stratégies pour conquérir la majorité des voix de l’électorat UMP ou pour d’ores-et-déjà convaincre plus largement l’ensemble des Français.

Graphique 2. Proportion de sympathisants du MoDem, de l’UDI et de l’UMP pour lesquelles les phrases suivantes s’appliquent très ou assez bien à chacune des personnalités.



Source : Enquête TNS Sofres – Baromètre des priorités politiques et des dynamiques électorales, juin 2014.


Sylvain Bouard, Martial Foucault et Eric Kerrouche


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mardi 23 septembre 2014

Les effets attendus sur la participation de la dissociation des élections régionales et départementales de 2015


Le pouvoir exécutif français a récemment décidé de dissocier les prochaines élections régionales des élections cantonales. Cela signifie que ces deux élections n’auront pas lieu le même jour. La décision peut s’expliquer, d’une part, par des raisons juridiques, faire accepter les changements de date par le conseil constitutionnel, et d’autres part par des considérations électorales, il peut s’agir d’une tentative de limiter une « nationalisation » d’élections locales souvent défavorable au pouvoir en place. Pour autant, on peut s’interroger sur l’incidence de cette décision quant à la participation électorale.

L’effet attendu de l’organisation de scrutins simultanés sur la participation électoral est assez simple : du fait d’une économie d’échelle, les électeurs se déplacent non plus pour un seul scrutin mais pour deux, cela réduit le coût du vote, c’est-à-dire le coût de la participation. Au final on s’attend donc à ce que les scrutins simultanés favorisent la participation.
Pour tester cette idée, nous disposons dans le cas français d’une expérience grandeur nature. En effet, les élections régionales et départementales sont organisées certaines années simultanément dans la moitié des cantons français. Dit autrement, tous les cantons votent aux élections régionales et une moitié seulement vote en plus le même jour pour les élections cantonales.
La distinction des cantons n’est pas liée avec des considérations politiques, puisqu’il s’agit de répartir le département en deux ensembles équivalents en termes de population. On peut alors considérer cela comme une expérience aléatoire, comme si on avait décidé de donner un traitement médical à un groupe de cantons choisis au hasard (le groupe traité) et pas à un autre (le groupe témoin). Ainsi, un électeur dans un canton urbain d’un département est appelé à voter deux fois, alors que son voisin de quelques rues est appelé à voter uniquement à l’élection régionale.
En comparant les deux groupes de canton, on peut alors voir l’effet de l’ajout d’un scrutin le jour du vote, en l’occurrence le scrutin départemental, sur la participation à l’élection régionale.


Ainsi, la figure ci-dessus compare au niveau régional la participation à l’élection régionale de 2004 dans les cantons votant uniquement à l’élection régionale (one ballot) et dans ceux votant le même jour à l’élection régionale et à l’élection cantonale (two ballots). On voit bien que la participation (moyenne ou médiane) est plus élevée pour les cantons ayant deux élections le même jour. Calculée au niveau des départements, la différence de participation entre les deux groupes de cantons s’établit entre 0 point et 12 points de pourcentage. C’est-à-dire qu’ajouter un scrutin au premier se traduit par une augmentation de la participation pouvant aller jusqu’à 12 points.

Mais est-ce toujours le cas ? C’est-à-dire, est-ce que l’augmentation du nombre de scrutins simultanés accroît toujours la participation électorale ? La réponse est clairement non. Si les premiers scrutins rajoutés augmentent la participation, cet accroissement de participation est de plus en plus faible et doit même disparaître et se retourner au fur et à mesure de l’augmentation des élections simultanées. Au-delà d’un certain nombre de scrutin, qui reste à déterminer, les électeurs peuvent être découragés à participer du fait de problèmes d’organisation. Les électeurs font alors la queue plus longtemps dans les bureaux de vote car ils restent plus longtemps dans l’isoloir. C’est par exemple le cas aux USA dans certains « counties » quand, lors des élections présidentielles, les électeurs doivent également s’exprimer sur le choix de sénateurs, de représentants au congrès, de représentants aux assemblées des états, de sheriffs, d’attorney général, de juges locaux et fédéraux, d’élus du « county », de référendums locaux, de modifications constitutionnelles, etc. Au final, plus de 20 ou 30 scrutins peuvent être organisés le même jour. Du coup, cela décourage la participation électorale car le temps consacré à l’action de vote augmentant, le coût de la participation augmente également.

Si le nombre optimal de scrutins simultanés, c’est-à-dire celui qui permet d’avoir, toute chose égale par ailleurs, le taux de participation le plus élevé n’est pas encore connu, il est évident qu’il ne se situe pas entre un et deux scrutins simultanés comme en France. La conclusion est dès lors plutôt évidente : on s’attend à ce que la dissociation des élections départementales et régionales en 2015 nécessairement accroisse l’abstention par rapport à une organisation le même jour des deux scrutins.


Cette note s’appuie sur un texte scientifique écrit avec C.Fauvelle-Aymar en cours de publication. Une première version du texte peut être téléchargée ici.

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mardi 16 septembre 2014

Sarkozy, le mariage gay et... la polarisation politique

Nicolas Sarkozy aurait déclaré pendant l'été à un visiteur dans son lieu de villégiature qu'il ne reviendrait pas sur la loi sur le mariage pour tous. Après l'intensité et la violence de la bataille législative et médiatique autour de la Loi Taubira, cela équivaut sans doute à un revirement un peu surprenant. Certes, Sarkozy n'a jamais été en première ligne sur ce dossier, mais il avait bien déclaré son opposition à cette loi et il avait reçu et félicité Frigide Barjot, égérie de la "Manif pour tous", du succès de la manifestation du 13 janvier 2013. On ne l'avait plus trop entendu sur cet enjeu, cependant, à la suite des manifestations plus violentes qui avaient suivi au mois d'avril et il aurait même ouvertement pris ses distances avec le mouvement. Nonobstant, comment expliquer un ton aussi conciliant sur l'enjeu qui semble avoir cristallisé – plus que tout autre – l'opposition gauche-droite au cours de l'année 2013? 

Pour faire vite, on pourrait dire que gouvernement et opposition, ce n'est pas pareil : c'est tellement évident que cela semble banal de s'y attarder. En France, on sait qu'un parti d'opposition trouvera toute proposition du gouvernement faible, contestable, dommageable pour la France etc., même si cette proposition recoupe en grande partie des positions du parti d'opposition en question. Cela fait partie, sans doute, du jeu politique, exacerbé en France par des institutions particulièrement clivantes (voir aussi ce billet).  

Et pourtant, les électeurs de droite et de gauche ont de plus en plus l'impression que les principaux choix politiques, notamment en matière de politique économique se ressemblent. Et ils n'y se trompent pas! Les gouvernements qui se sont succédé depuis Mai 2012 n'ont pas fondamentalement remis en cause la ligne politique mise en place par leurs prédécesseurs en matière de politique économique. La politique pour sortir de la crise consiste à réduire les dépenses pour ramener le budget à l'équilibre dans un horizon plus ou moins proche. Les différences sont de degré - à quelle vitesse y arriver, quelles dépenses sacrifier - plutôt que de nature. Nombre de ces choix politiques sont d’ailleurs déterminés au niveau européen, à travers le Pacte de stabilité et de croissance ou l’indépendance de la Banque centrale européenne. Rappelons que cette « européanisation » des politiques économiques françaises a été voulue et approuvée par tous les gouvernements français de droite et de gauche depuis trente ans…

Paradoxalement, alors que les choix en matière de politique économique se sont indéniablement rapprochés, on a l'impression que gauche et droite sont plus irréconciliables que jamais. D'où vient cette impression d'opposition radicale qu'on a notamment pu ressentir au moment des mobilisations autour du mariage pour tous? La principale explication doit sans doute être cherchée dans les considérations politiques de court terme. Et s'il est évident que les hommes et femmes politiques sont contraints par les élections à parfois perdre de vue le bien commun, les coûts à moyen terme de ce court-termisme pourraient s'avérer colossaux. 

A défaut de choix de politique économique vraiment différents, la compétition politique se déplace vers d'autres enjeux. Les "sujets de société" ou les questions "éthiques" sont devenus des sujets de choix. Les débats sur la régulation de l'avortement ont été au centre des débats politiques en Espagne tout au long de l'année en cours ; les débats sur le clonage, les OGM, la GPA et autres ont régulièrement surgi dans d'autres pays voisins au cours des dernières années. La France n'est donc ni seule ni différente.

Et ce déplacement des enjeux se fait avec d'autant plus de verve et d'entrain que les positions politiques entre les principaux opposants se sont rapprochés par ailleurs. En effet, comme il faut toujours gagner des élections, il faut faire oublier la convergence des positions sur certains points cruciaux en exagérant les différences sur d'autres points. C'est sans doute un des paradoxes de notre temps: alors que beaucoup de décisions sont prises en dehors du cadre national, nous n'élisons que nos gouvernements nationaux. Pas d'élection pour l'OMC, le FMI ou tant d'autres fora où des décisions qui nous affectent sont prises, sans même parler des décisions de grandes entreprises multinationales ou de puissances étrangères. La classe politique en est consciente mais emploie tous les moyens à sa disposition pour convaincre les électeurs qu'elle compte toujours. Le détournement systématique des élections européennes en élections nationales bis illustre bien ce paradoxe.

Le problème est que certaines exagérations ont des coûts au-delà de l'horizon de court terme qui les a inspirés. Les mobilisations contre le mariage gay ont fait surgir au milieu de l'arène politique une ribambelle de personnages et d'organisations jusque-là confinés aux marges de cette arène. Et même si Monsieur Sarkozy peut déclarer désormais "le mariage gay, je m'en fous", ces personnages n'ont nullement l'intention d'abandonner ces places chèrement acquises et de retourner dans la marginalité politique. En effet, plusieurs mobilisations depuis comme la "journée de retrait de l'école", le "jour de colère" ou encore la mobilisation contre "l'abécédaire de l'égalité" et autres campagnes contre la nouvelle ministre de l’éducation montrent que ces organisations ont trouvé leur public et qu'elles entendent peser sur les débats publics. L'effet clivant de la mobilisation contre le mariage gay semble ainsi perdurer bien au-delà de la Loi Taubira. 

L'objectif de court terme, qui était de diviser autant que possible, de polariser pour affaiblir le gouvernement en place, pourrait se retourner contre la droite "institutionnelle", désormais talonnée par le FN, bien plus proche des organisations autour de la Manif pour tous et de leurs discours.
L'esprit de rassemblement qui caractérise celui qui entend reconquérir une majorité électorale au niveau national est très différent de l'opposant qui veut faire échouer le pouvoir en place. Mais plus on exagère le rôle d'opposant, plus il deviendra difficile de jouer ensuite les rassembleurs.
L'avenir montrera si les effets de moyen terme sont aussi importants que nous disons. Mais il risque d'y avoir d'autres enjeux et exagérations similaires – à gauche ou à droite. La structure de la compétition politique en France ne permet pas d'espérer autre chose et la montée en puissance de partis aux positions de plus en plus radicales semble inéluctable.
Seule une réorganisation de la structure de la compétition politique pourrait y remédier. Mais toute initiative en la matière devrait être précédée d'une prise de conscience de la part des principaux concernés et d'une sincère volonté de changement. Ensuite seulement, on pourra réfléchir à la manière d'éviter ou, au moins, de limiter des dérives aussi clivantes et polarisantes dans le débat politique.

Emiliano Grossman


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lundi 23 juin 2014

Les français aiment-ils que leurs élus cumulent ?

Alors que le débat sur le cumul des mandats au sein du personnel politique français est virulent, notamment en raison de la nouvelle réglementation votée récemment, il demeure une incertitude forte concernant sa perception par les électeurs. En effet, d’un côté toute une série de sondages tend à montrer que le cumul est négativement perçu par les répondants, mais d’un autre côté des candidats qui cumulent sont régulièrement élus/réélus et semblent même bénéficier d’une prime électorale, ce qui montrerait plutôt une valorisation positive de cette pratique de la part des électeurs. Nous avons donc deux mesures contradictoires de la perception par les français du cumul des mandats.
Au-delà de leurs conclusions contradictoires, il apparaît difficile de trancher entre ces deux mesures de la perception par les électeurs, car toutes les deux souffrent de défauts et limites. Ainsi, les sondages peuvent refléter des biais de sincérité de la part des enquêtés notamment en période de forte médiatisation négative du phénomène, ou bien la formulation des questions peut entraîner une distinction entre l’évaluation sur le principe du cumul et celle sur son application aux représentants effectifs de l’interviewé. De la même manière, il peut être objecté que la prime électorale au cumul ne peut pas refléter les préférences des électeurs car les candidats des principaux partis politiques sont des cumulants. Plus trivialement, si les citoyens élisent des hommes politiques cumulant c’est parce que leur choix est restreint, au moins parmi les grands partis politiques, à des candidats qui cumulent.
Pour sortir de cette impasse, il est donc nécessaire de trouver une mesure alternative ; mesure qui soit plus engageante que de répondre à un sondage, mais où la possibilité d’expression des choix soit plus importante qu’un choix électoral contraint par les sélections en amont effectuées par les partis.
Les dons faits par les électeurs lors des campagnes électorales offrent une telle solution. L’hypothèse est que les dons qu’effectuent les électeurs reflètent, entre autres choses, leur évaluation de la situation en matière de cumul des mandats de leur député sortant. C’est-à-dire qu’un électeur qui a évaluation positive du cumul des mandats pourra accroître ses contributions aux candidats qui sont en situation de cumul et qu’inversement, un électeur qui a une évaluation négative du cumul des mandats n’effectuera pas de dons.
Cette hypothèse est testée sur les contributions collectées par les députés sortants aux élections législatives de 2007. Mais pour s’assurer de mettre en évidence correctement cette relation, ou l’absence de relation, entre le cumul des mandats et les montants collectés auprès des électeurs, il est nécessaire de contrôler les autres facteurs explicatifs de la collecte de contributions. C’est pourquoi, une estimation multivariée de ces dons est menée de manière à mettre en lumière les effets toute chose égale par ailleurs du cumul des mandats.

Nous nous intéressons aux comptes de campagne des élections législatives de 2007 des 455 députés sortants qui sont candidats en métropole et en particulier aux dons collectés rapportés au nombre d’inscrit. Les dons s’élèvent en moyenne à 14 centimes par candidat et par inscrit, avec un maximum de plus de 2 euros par inscrit. Il faut noter que seuls 59 candidats n’ont pas reçu de contribution des électeurs, soit un peu moins de 13% de l’échantillon. Les dons représentent une part non négligeable des financements des campagnes puisqu’en moyenne ils correspondent à 22% des recettes obtenues.
Concernant le cumul des mandats locaux parmi les 455 députés qui se représentent, 7,5% ne détiennent aucun mandat, 57,4% en détiennent un seul, 31,2% deux, et 3,6% en détiennent trois, soit plus de 92% de députés cumulant. Les mandats liés aux communes sont les plus représentés puisque 306 candidats siègent dans un conseil municipal, 116 dans un conseil intercommunal, 118 dans un conseil général et 43 dans un conseil régional. Par conséquent, la fonction de maire est la plus fréquente avec plus de la moitié des candidats qui sont maires, 14 président un conseil général et 3 un conseil régional.
Les résultats des estimations multivariées indiquent clairement que le cumul ne permet pas d’obtenir plus de financement en provenance des particuliers. Le cumul de simple mandat comme celui de fonctions dans les exécutifs locaux ne se traduit pas par un accroissement des dons récoltés auprès des électeurs. Pour autant, cela ne réduit pas non plus les contributions. Ce résultat est particulièrement stable puisqu’il est identique quand on fait varier la mesure utilisée : les dons par inscrits ou la part des dons dans les recettes du candidat.

En ce qui concerne le type de mandat, aucune collectivité territoriale ne se distingue, en revanche parmi les fonctions de direction d’une collectivité locale, seul le maire se différencie. Que ce soit par rapport à un candidat qui ne participe à aucun exécutif local  ou par rapport à tout autre candidat qui n’est pas maire, un maire obtient plus de financement de la part des électeurs, tant en termes de dons par inscrits qu’en proportion de ses recettes. Ainsi, le fait d’être maire se traduit par une augmentation de 3 centimes (par rapport à tout autre candidat) ou 4 centimes (par rapport à un candidat qui ne siège pas dans un exécutif local) par inscrit dans la circonscription. L’effet n’est pas négligeable quantitativement puisque rapporté au montant moyen de 14 centimes par inscrit cela représente une hausse de 21% des dons des électeurs. De la même manière, le statut de maire s’accompagne d’un accroissement de la part des dons des électeurs dans les recettes totales de 6 points de %, à rapprocher de la part moyenne de 22%.
En conséquence, les électeurs ne valorisent pas le cumul des mandats de leur représentant, et ils ne le sanctionnent pas non plus d’un point de vue financier. Dit autrement, les électeurs sont indifférents dans leur pratique de don durant les campagnes électorales au cumul des candidats sortants. En revanche, ils valorisent fortement, et ce, indépendamment du nombre de mandats locaux détenus, la fonction de maire en octroyant plus de soutien financier aux maires. Nous retrouvons ici un résultat classique de la science politique français concernant l’importance de la fonction municipale dans les perceptions de la politique par les électeurs.

Au final, on peut en conclure que la situation des électeurs et des administrés vis-à-vis du cumul des mandats est bien plus complexe que la simplification des débats ne le laisse entendre. Il apparaît, au regard de ces résultats que, d’une part, l’argument du soutien électoral aux candidats qui cumulent n’est pas validé puisque ce sont les maires qui obtiennent ce soutien et non pas ceux qui détiennent plusieurs mandats, et d’autre part, le rejet du cumul des mandats par les électeurs n’est pas si évident que cela puisque ces derniers valorisent la double fonction de député maire. Au final, les électeurs semblent plutôt indifférents aux pratiques de cumul de leur député sortant.

Abel FRANCOIS

Cette note reprend les conclusions de l’étude publiée dans French Politics : "Do French people like the “cumul des mandats” of their representatives?", French Politics, 11(2) : 204-215, 2013.


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mercredi 4 juin 2014

Européennes : on a récompensé les absentéistes

Les élections européennes de dimanche dernier ont été interprétées quasi-unanimement, en France comme ailleurs, comme la victoire de partis populistes eurosceptiques. Comme l’a relevé le fondateur de UKIP, le parti eurosceptique britannique, Alain Sked, il y a une certaine contradiction à remporter un succès lors de l’élection d’une institution dont on met en cause l’existence même. Pour suivre le raisonnement de Sked, qui a quitté UKIP en 1999, il serait alors normal de ne pas siéger au Parlement européen et de reverser son salaire au National Health Service (l’équivalent de notre sécu). Et pourtant, il y a peu de chances que les 23 députés UKIP fraîchement élus suivent son conseil : ils risquent fort de ne pas siéger, mais ils se garderont bien de reverser leurs salaires.
Qu’en est-il ailleurs en Europe ? Qu’en est-il en France ? Et, plus important, est-ce que les électeurs sanctionnent l’absentéisme européen ? La réponse est malheureusement prévisible. En France et en Europe, on tend à récompenser les absents, plutôt que ceux qui prennent leur mandat électoral européen au sérieux.
Depuis des années, le site www.votewatch.eu enregistre toutes les activités des députés européens. Ceux-ci se sont régulièrement plaints des sites faisant ce type d’enregistrement. Il est vrai que la quantité d’amendements déposés n’est guère un bon indicateur de la qualité du travail réalisé, comme on l’apprend de l’Assemblée nationale en France. Les chiffres sont néanmoins parlants. Votewatch enregistre six types d’activités : les rapports parlementaires rédigés, les opinions écrites, les amendements, les questions parlementaires, les signatures de déclarations et de motions de résolutions. Ces activités sont accessibles à tous les députés européens, contrairement, par exemple, à celle de rapporteur sur une proposition de directive, qui est nommé par la commission parlementaire responsable, rôle qui échoit en général à un membre des grands partis centristes. Pour toutes les activités retenues ici, les députés n’ont pas besoin d’obtenir un quelconque soutien de leurs pairs. Cependant, toutes ces activités ne représentent pas le même effort : la rédaction d’un rapport, d’une opinion ou d’un amendement représente un effort plus important, bien sûr, qu’une question ou une signature. Néanmoins, pour faciliter la lecture, nous avons simplement additionné les activités par député pour obtenir des moyennes par groupe parlementaire et parti.
Le graphique ci-dessous présente l’activité moyenne par député appartenant à chaque parti ou groupe (en ordonnée), comparée à l'évolution du nombre de sièges entre les élections de 2009 et celles de 2014 (en abscisse). A gauche, on voit le bilan des partis français, à droite celui des partis européens.
L’information sur la France est assez parlante. Les députés français ne brillent pas par leur activisme dans l’hémicycle européen, mais les trois députés FN sortants n’ont, pour ainsi dire, pratiquement rien fait pendant leur mandat. Ce n’est manifestement pas ce qui a motivé le vote des Français, confirmant, une fois de plus, le statut d’élection de second ordre des élections européennes. Le FN a gagné 21 sièges par rapport aux élections de 2009.
Sauf pour les « libéraux » (en l’occurrence, les 6 députés sortants du Modem), les députés Français se situent nettement en-dessous de la moyenne européenne en termes d’activité. Or tous les autres partis ont perdu des sièges par rapport à 2009. UDI-Modem n’existait pas en 2009, même s’ils semblent gagner un siège, le Nouveau Centre avait trois députés en 2009. Ensemble Modem et NC comptaient 9 siège, c’est-à-dire deux de moins que ce que la liste commune vient d’obtenir.
Et pourtant, en regardant le graphique à droite, les députés du groupe d’extrême-droite « Europe Liberté et Démocratie » (ELD) sont les plus actifs, d’après les données « votewatch », suivis par les libéraux de l'ALDE. Le FN, lui, était « non inscrit » (NI) au cours de cette période, c’est-à-dire le groupe qui gagne le plus de sièges, en attendant la possible création d’un nouveau groupe d’extrême droite à l’initiative du FN. Les non inscrits font partie des groupes les moins actifs et sont les plus grands gagnants par rapport à 2009, notamment grâce aux scores du FN et du Mouvement 5 Etoiles italien.
De manière générale, les groupes européens n’ont pas non plus été compensés pour leur activisme au Parlement. Le Parti socialiste européen (PSE) s’en sort plutôt bien, avec un léger gain de sièges malgré un activisme moyen relativement faible de ses députés.
En somme, et en France et en Europe, ça ne paie pas vraiment de prendre son mandat électif au sérieux et de représenter les intérêts de ses électeurs dans l’enceinte européenne.
Il est fort probable que les choses ne se passent pas très différemment, au niveau national. Le lien aux députés y est sans doute plus fort qu'au niveau européen, où les électeurs ne connaissent pas vraiment leurs députés. Mais même au niveau national, c'est tout de même la politique nationale qui détermine, pour l'essentiel, les résultats électoraux, plutôt que le travail réalisé par le député au Parlement1.

Emiliano Grossman

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1 L'excellent site www.nosdeputes.fr de l'association Regards citoyens permet d'avoir une idée du travail des députés français.

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lundi 2 juin 2014

Quand l’extrême droite gagne, qui perd ?





Depuis 1979, huit élections européennes se sont succédées. Au départ, l’extrême droite avait récolté bien peu. Le « Parti des forces nouvelles », tombé depuis dans l’oubli, prenait alors 1,35% des voix. Aujourd’hui, le Front national avoisine les 25%. Au détriment de qui s’est faite cette percée ?

Quand on observe les choses de près, électeur par électeur, il apparaît qu’en 2012, le second parti préféré des sympathisants UMP était le FN, et le second parti préféré des frontistes, était l’UMP. Dans les enquêtes il n’y a donc pas de doute : la compétition se joue principalement au sein de la droite*.

Seulement, lorsqu’on prend de la distance, les choses ne semblent pas tout à fait être aussi claires. Prenons trois grands blocs : les partis de gauche, ceux de la droite modérée et ceux d’extrême droite. La figure ici-bas compare l’évolution des pourcentages des votes de la droite modérée et de l’extrême droite aux élections européennes. Il y a bien une sorte de concurrence : dans six cas sur huit, l’augmentation de l’un correspond à la baisse de l’autre. Néanmoins, l’ampleur des gains de l’un reste assez différente de l’ampleur des pertes de l’autre. 

 

Comparons maintenant le chemin parcouru par l’extrême droite avec celui de la gauche.  Ici également, dans six élections sur huit, quand l’un perd, l’autre gagne. Mais de plus, on peut observer que les gains (en termes de pourcentage) de l’un ressemblent beaucoup aux pertes de l’autre. En fait, en regardant les résultats sur le long terme, l’extrême droite semble être plus en compétition avec la gauche qu’avec la droite. 
 


Un outil moins intuitif et plus mathématique permet de s’en convaincre. L’écart-type de l’évolution de la somme des scores des deux blocs permet de mesurer la compétition entre ces blocs. Si l’écart-type est de 0, alors les voix qu’un bloc gagne, sont perdues par l’autre. Cela signifie que la compétition entre ces deux blocs est parfaite. En revanche, plus l’écart-type est grand, moins l’on peut dire que les voix perdues de l’un iront à l’autre. Donc, de grands écart-types indiquent une concurrence faible.
Or, l’écart type obtenu par la somme des voix de la gauche et de la droite modérée est de 7,1. Celui obtenu par la somme de la droite modérée et l’extrême droite est de 4,8. Et finalement, l’écart-type obtenu après avoir additionné les scores de la gauche et de l’extrême droite est de 2,4, soit deux fois plus faible que le précédent. Autrement dit, en termes de concurrence électorale, ce sont la gauche et l’extrême droite qui se partagent un pourcentage de voix relativement stable.

Quelle est la raison ? L’hypothèse la plus intuitive est que ce sont les mêmes électeurs qui hésitent entre la gauche et l’extrême droite. Bien sûr, des électeurs de ce type existent. Mais, comme je l’ai dit plus haut, aucune enquête sérieuse ne confirme une hésitation massive entre ces deux blocs. Une deuxième possibilité est que lorsque les électeurs de gauche décident de s’abstenir, les frontistes votent, et vice-versa.  Il est vrai que l’abstention étant forte aux élections européennes, un phénomène de ce genre n’est pas impossible. Enfin, il est possible qu’il y ait des périodes de droitisation, où tous les électeurs tendent à voter un peu plus à droite que d’habitude. Les électeurs de gauche, votent au centre, et ceux de droite à l’extrême droite. La thèse de la droitisation est tentante. Mais elle est la moins convaincante. Voici pourquoi.

Premièrement, tout porte à croire que les succès de l’extrême droite arrivent dans les périodes où les citoyens veulent des politiques « de gauche ». En effet, les élections où les partis de gauche ont eu le pourcentage le plus élevé sont celles juste avant une grande défaite, 1979 et 2009. Pendant ces mêmes périodes, la gauche gagne les élections présidentielles et législatives, respectivement en 1981 et 2012. Les succès de l’extrême droite suivent donc des grands succès de la gauche.

Par ailleurs, ce qui caractérise ces deux gouvernements de gauche – celui du début des années ’80 et celui actuel - est d’avoir pratiqué une redistribution bien inférieure à celle annoncée à cause des équilibres économiques internationaux, notamment le système monétaire européen. Ces gouvernements se sont trouvés face au dilemme caractéristique de la gauche européenne : la difficile conciliation entre l’internationalisation et la redistribution. Faute d’avoir réussi à concilier ces deux impératifs « socialistes », les électeurs en demande de redistribution – qu’ils soient de gauche ou de droite – se tournent vers les partis qui rejettent l’internationalisation (ou vers l'abstention).

Cette dynamique n’est pas nouvelle. Le plus grand succès électoral de la gauche (sociaux-démocrates et communistes) pendant l’Allemagne de Weimar fût enregistré en 1928. Juste avant la montée du national-socialisme. Et tant que la gauche ne trouve pas comment concilier internationalisation et redistribution, il y a des chances de continuer à observer des phénomènes semblables.


                                                                       Raul Magni Berton
 




* Voir par exemple J. Gerstlé et R.Magni-Berton (2014) 2012: La campagne présidentielle. Observer les médias, les électeurs, les candidats. Paris. Ed. Pepper-L’harmattan.


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